Premodern Concordance

Source witness

Les Époques de la Nature

Buffon. Les Époques de la Nature. 1778.

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Indexed evidence

5 passages

«  Dieu vit que la lumière était bonne, et il sépara la lumière d’avec les ténèbres.  » L’acte de la séparation de la lumière d’avec les ténèbres est donc évidemment distinct et physiquement éloigné par un espace de temps de l’acte de sa production ; et ce temps, pendant lequel il plut à Dieu de la considérer pour voir qu’elle était bonne , c’est-à-dire utile à ses desseins ; ce temps, dis-je, appartient encore et doit s’ajouter à celui du chaos qui ne commença à se débrouiller que quand la lumière fut séparée des ténèbres. Voilà donc deux temps, voilà deux espaces de durée que le texte sacré nous force à reconnaître : le premier, entre la création de la matière en général et la production de la lumière ; le second, entre cette production de la lumière et sa séparation d’avec les ténèbres. Ainsi, loin de manquer à Dieu en donnant à la matière plus d’ancienneté qu’au monde tel qu’il est , c’est au contraire le respecter autant qu’il est en nous, en conformant notre intelligence à sa parole. En effet, la lumière qui éclaire nos âmes ne vient-elle pas de Dieu ?
Tout dans le récit de Moïse est mis à la portée de l’intelligence du peuple ; tout y est représenté relativement à l’homme vulgaire, auquel il ne s’agissait pas de démontrer le vrai système du monde, mais qu’il suffisait d’instruire de ce qu’il devait au Créateur, en lui montrant les effets de sa toute-puissance comme autant de bienfaits : les vérités de la nature ne devaient paraître qu’avec le temps, et le souverain Être se les réservait comme le plus sûr moyen de rappeler l’homme à lui, lorsque sa foi, déclinant dans la suite des siècles, serait devenue chancelante ; lorsque éloigné de son origine, il pourrait l’oublier ; lorsque enfin trop accoutumé au spectacle de la nature, il n’en serait plus touché et viendrait à en méconnaître l’auteur. Il était donc nécessaire de raffermir de temps en temps, et même d’agrandir l’idée de Dieu dans l’esprit et dans le cœur de l’homme. Or, chaque découverte produit ce grand effet ; chaque nouveau pas que nous faisons dans la nature nous rapproche du Créateur.
Suggested
Nous conviendrons que l’espèce humaine ne diffère pas essentiellement des autres espèces par ses facultés corporelles, et qu’à cet égard son sort eût été le même à peu près que celui des autres espèces ; mais pouvons-nous douter que nous ne différions prodigieusement des animaux par le rayon divin qu’il a plu au souverain Être de nous départir ; ne voyons-nous pas que dans l’homme la matière est conduite par l’esprit : il a donc pu modifier les effets de la nature ; il a trouvé le moyen de résister aux intempéries des climats ; il a créé de la chaleur lorsque le froid l’a détruite : la découverte et les usages de l’élément du feu, dus à sa seule intelligence, l’ont rendu plus fort et plus robuste qu’aucun des animaux, et l’ont mis en état de braver les tristes effets du refroidissement. D’autres arts, c’est-à-dire d’autres traits de son intelligence, lui ont fourni des vêtements, des armes, et bientôt il s’est trouvé le maître du domaine de la terre : ces mêmes arts lui ont donné les moyens d’en parcourir toute la surface et de s’habituer partout ; parce qu’avec plus ou moins de précautions tous les climats lui sont devenus pour ainsi dire égaux.
Suggested
L’invention de la formule d’après laquelle les Brames calculent les éclipses suppose autant de science que la construction de nos éphémérides, et cependant ces mêmes Brames n’ont pas la moindre idée de la composition de l’univers ; ils n’en ont que de fausses sur le mouvement, la grandeur et la position des planètes, ils calculent les éclipses sans en connaître la théorie, guidés comme des machines par une gamme fondée sur des formules savantes qu’ils ne comprennent pas, et que probablement leurs ancêtres n’ont point inventées, puisqu’ils n’ont rien perfectionné et qu’ils n’ont pas transmis le moindre rayon de la science à leurs descendants : ces formules ne sont entre leurs mains que des méthodes de pratique, mais elles supposent des connaissances profondes dont ils n’ont pas les éléments, dont ils n’ont pas même conservé les moindres vestiges, et qui par conséquent ne leur ont jamais appartenu. Ces méthodes ne peuvent donc venir que de cet ancien peuple savant qui avait réduit en formules les mouvements des astres, et qui par une longue suite d’observations était parvenu non seulement à la prédiction des éclipses, mais à la connaissance bien plus difficile de la période de six cents ans et de tous les faits astronomiques que cette connaissance exige et suppose nécessairement.
Suggested
Par son intelligence, les animaux ont été apprivoisés, subjugués, domptés, réduits à lui obéir à jamais ; par ses travaux, les marais ont été desséchés, les fleuves contenus, leurs cataractes effacées, les forêts éclaircies, les landes cultivées ; par sa réflexion, les temps ont été comptés, les espaces mesurés, les mouvements célestes reconnus, combinés, représentés, le ciel et la terre comparés, l’univers agrandi, et le Créateur dignement adoré ; par son art émané de la science, les mers ont été traversées, les montagnes franchies, les peuples rapprochés, un nouveau monde découvert, mille autres terres isolées sont devenues son domaine ; enfin la face entière de la terre porte aujourd’hui l’empreinte de la puissance de l’homme, laquelle, quoique subordonnée à celle de la nature, souvent a fait plus qu’elle, ou du moins l’a si merveilleusement secondée, que c’est à l’aide de nos mains qu’elle s’est développée dans toute son étendue, et qu’elle est arrivée par degrés au point de perfection et de magnificence où nous la voyons aujourd’hui.