L’invention de la formule d’après laquelle les Brames calculent les éclipses suppose autant de science que la construction de nos éphémérides, et cependant ces mêmes Brames n’ont pas la moindre idée de la composition de l’univers ; ils n’en ont que de fausses sur le mouvement, la grandeur et la position des planètes, ils calculent les éclipses sans en connaître la théorie, guidés comme des machines par une gamme fondée sur des formules savantes qu’ils ne comprennent pas, et que probablement leurs ancêtres n’ont point inventées, puisqu’ils n’ont rien perfectionné et qu’ils n’ont pas transmis le moindre rayon de la science à leurs descendants : ces formules ne sont entre leurs mains que des méthodes de pratique, mais elles supposent des connaissances profondes dont ils n’ont pas les éléments, dont ils n’ont pas même conservé les moindres vestiges, et qui par conséquent ne leur ont jamais appartenu. Ces méthodes ne peuvent donc venir que de cet ancien peuple savant qui avait réduit en formules les mouvements des astres, et qui par une longue suite d’observations était parvenu non seulement à la prédiction des éclipses, mais à la connaissance bien plus difficile de la période de six cents ans et de tous les faits astronomiques que cette connaissance exige et suppose nécessairement.
Citable passage
Les Époques de la Nature
Buffon. Les Époques de la Nature. 1778.
Citation
Buffon. Les Époques de la Nature. 1778. Page 175. Premodern Concordance passage passage-ae50a0cf1a86808c8f83.